Restauration : l’émergence de principes communs

Château de Pierrefonds, côté nord
Château de Pierrefonds, côté nord |

© INHA

Grâce à l’intérêt du 19e siècle pour le Moyen Âge, l’opinion prend conscience de la nécessité de protéger les monuments. En 1830 est créé le premier poste d’Inspecteur général des monuments historiques. En 1837 naît la Commission des monuments historiques. Mais ce n’est qu’au 20e siècle que les bases de la restauration sont adoptées au niveau international.

Viollet-le-Duc, pionnier controversé

Pionnier de la restauration, Viollet-le-Duc joue un rôle central, mais très controversé, dans l’établissement d’une théorie de la sauvegarde des bâtiments anciens. Pour lui, une restauration réussie est stylistique : le bâtiment doit y retrouver une unité cohérente, même si elle n’a jamais existé dans les faits. Aussi les ajouts ultérieurs doivent-ils être gommés sans état d’âme.

Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné.

Viollet-le-Duc

À cette position s’oppose le non-interventionnisme de l’Anglais John Ruskin.

Il est précieux de posséder non seulement ce que les hommes ont pensé et senti, mais ce que leurs mains ont manié, ce que leur force a exécuté, ce que leurs yeux ont contemplé, tous les jours de leur vie.

Ruskin
Portrait d’Eugène Viollet-le-Duc
Portrait d’Eugène Viollet-le-Duc |

© Bibliothèque nationale de France

John Ruskin
John Ruskin |

Muséum national d'histoire naturelle (Paris) - Direction des bibliothèques et de la documentation

Les bases d’une restauration scientifique : rédaction de chartes

Ce n’est que plus tard, dans les années 1930, que les bases d’une restauration scientifique, faisant appel à des spécialistes de champs différents (archéologues, historiens, scientifiques, architectes…) sont posées. Au cours du 20e siècle, à l’initiative des professionnels, plusieurs chartes internationales délimitent le champ de la restauration : la charte d’Athènes en 1931, la charte de Venise en 1964, la charte de Cracovie en 2000.

Les principales conclusions, entre étude approfondie du bâtiment et restauration minimum

Ces chartes affirment les principes suivants :

  • Nécessité de s’appuyer sur une étude approfondie du bâtiment, et donc sur des équipes pluridisciplinaires (professionnels du bâtiment, historiens, archéologues…).
  • Principe d’une restauration minimum : nécessité d’entretenir les monuments, et de ne recourir que de façon exceptionnelle à la restauration, sans rien y ajouter qui ne serait avéré par les études préalables.
  • Respect de tous les moments de la vie du bâtiment : contrairement aux convictions de Viollet-le-Duc, les différents apports historiques sont d’égale valeur et ne peuvent être détruits au nom d’une unité stylistique du bâtiment.
  • Principe de visibilité, notamment dans l’utilisation de techniques et matériaux modernes, y compris le béton armé. La charte d’Athènes valide cet emploi. Les chartes suivantes reviennent en arrière en conseillant d’utiliser autant que possible des matériaux traditionnels. Si leur usage est indispensable, les matériaux nouveaux doivent être cachés. Au contraire apparaître de façon très visible quand il n’est pas possible de les dissimuler. De manière plus générale, toutes les interventions contemporaines doivent être très repérables aisément.
  • Principe de réversibilité : possibilité de revenir à l’état avant restauration.
La restauration des murs bahuts
La restauration des murs bahuts |

© David Bordes - Rebâtir Notre-Dame de Paris

La restauration d'un garde-corps
La restauration d'un garde-corps |

© Romaric Toussaint – EP RNDP