Le Corbusier protégé

L’État français met en place progressivement une politique de conservation de son patrimoine à partir de la période révolutionnaire. Cette protection patrimoniale a pour objectif de conserver les biens qui possèdent un intérêt public afin de les léguer aux générations futures. En 2015, 43 600 bâtiments sont protégés au titre des Monuments historiques en France, que ce soit par inscription ou par classement.

La protection au titre des Monuments historiques

La chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp dans les Vosges (1951-1955)
La chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp dans les Vosges (1951-1955) | © Fondation Le Corbusier/ADAGP

Très tôt, les instances ont reconnu la valeur patrimoniale de la Cité radieuse de Marseille. Elle est inscrite dès 1964 à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, faisant exception à l’usage qui est de ne pas protéger les édifices dont les architectes sont encore vivants. Une étape supplémentaire est franchie en 1986 avec cette fois son classement, qui représente le plus haut degré de protection des édifices sur le territoire français.

Un immeuble classé ne peut ni être détruit, ni déplacé. Si des travaux sur l’édifice sont nécessaires, ils sont encadrés par les services de l’État, qui peuvent, selon leur nature, les confier à des architectes spécialisés : les architectes en chef des Monuments historiques. Touchée par un incendie en 2012, la Cité radieuse a vu plusieurs de ses appartements et rues intérieures lourdement dégradés. La structure n’a été que peu affectée et n’a pas remis en cause la stabilité de l’édifice, mais plusieurs planchers et éléments de second œuvre ont dû faire l’objet d’un travail de restauration, qui a été mené par l’architecte en chef des Monuments historiques François Botton.

Le patrimoine mondial de l’Unesco

L’Unesco (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization ou Organisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture) est une émanation de l’Organisation des Nations unies (ONU), créée en 1945 afin de contribuer au maintien de la paix entre les États. Elle promeut la coopération dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la culture, de la communication et de l’information.

L’une des missions de l’Unesco est d’identifier, de protéger et de préserver le patrimoine culturel et naturel. Pour cela, elle a créé une liste du patrimoine mondial, dont les biens inscrits doivent répondre à au moins un critère sur les dix proposés. À l’heure actuelle, l’Unesco reconnaît la valeur universelle exceptionnelle de plus de 1000 sites à travers le monde.

Grâce à un travail collectif mené par sept pays (Allemagne, Argentine, Belgique, France, Inde, Japon, Suisse) et porté par la France, l’œuvre architecturale de Le Corbusier a été reconnue patrimoine mondial de l’Unesco en 2016. Cette inscription fait suite à deux précédentes tentatives infructueuses. Plusieurs critères ont été mis en avant pour attester de la valeur universelle exceptionnelle de l’architecture de Le Corbusier : l’œuvre de l’architecte représente “une création majeure du génie humain qui apporte une réponse exceptionnelle à certains enjeux fondamentaux de l’architecture et de la société au 20e siècle” ; elle “témoigne d’un échange d’influences sans précédent, qui s’est étendu à l’échelle de la planète pendant un demi-siècle, en relation avec la naissance et le développement du mouvement moderne“ ; elle “est directement et matériellement associée aux idées du mouvement moderne, dont les théories et les réalisations ont une signification universelle exceptionnelle au 20e siècle”. Par ailleurs, l’intégrité et l’authenticité des édifices sélectionnés ont été estimées suffisamment satisfaisantes pour témoigner de cette valeur exceptionnelle.

Les 17 sites retenus

L’œuvre architecturale de Le Corbusier inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco est constituée de 17 sites répartis sur sept pays. Elle représente une période d’activité d’un demi-siècle que l’architecte appelait sa “recherche patiente”, du titre de son dernier ouvrage paru en 1960.

La haute cour de justice de Chandigarh (1951-1956)
La haute cour de justice de Chandigarh (1951-1956) | © Fondation Le Corbusier/ADAGP
Le palais de l’Assemblée de Chandigarh (1952-1961)
Le palais de l’Assemblée de Chandigarh (1952-1961) |

© Fondation Le Corbusier/ADAGP


Les sites sélectionnés confirment la diversité géographique d’implantation de l’œuvre de Le Corbusier : du Japon avec le musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Tokyo (1955) à la maison du Docteur Curutchet à La Plata en Argentine (1949), jusqu’au complexe du Capitole à Chandigarh en Inde (1952).

Parmi les 17 sites, dix d’entre eux sont situés en France. Plusieurs témoignent du travail de l’architecte sur la question de l’habitat, à l’image de la Cité radieuse de Marseille, mais aussi de la Cité Frugès de Pessac (1924), de l’immeuble Porte Molitor à Boulogne-Billancourt (1931), de la villa Savoye [lien vers la fiche sur la Villa Savoye] à Poissy (1928), du propre cabanon de Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin (1951) ou encore des maisons La Roche et Jeanneret à Paris (1923), qui abritent pour partie aujourd’hui la Fondation Le Corbusier.

La cité Frugès à Pessac (1925)
La cité Frugès à Pessac (1925) | © Fondation Le Corbusier/ADAGP
Le cabanon de Roquebrune-Cap-Martin (1950-1952)
Le cabanon de Roquebrune-Cap-Martin (1950-1952) | © Fondation Le Corbusier/ADAGP

L’architecte s’est aussi investi dans les programmes religieux, représentés par la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (1950) et le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette à Éveux (1953), mais aussi dans les programmes industriels ou culturels, à l’image de la manufacture de Saint-Dié-des-Vosges (1946) et de la maison de la Culture de Firminy (1953).

La chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (1951-1955)
La chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (1951-1955) | © Fondation Le Corbusier/ADAGP
Couvent Sainte Marie de la Tourette à Eveux (1953)
Couvent Sainte Marie de la Tourette à Eveux (1953) | © Fondation Le Corbusier/ADAGP