Le quartier du Marais : des cultures maraîchères aux cultures littéraires

La place des Vosges photographiée par Eugène Atget
Vers 1 897-1898, à l’époque où est créée la Commission du Vieux Paris, le photographe Eugène Atget entreprend de photographier systématiquement les quartiers anciens de Paris appelés à disparaître ainsi que les petits métiers condamnés par l’essor des grands magasins. À partir de 1 901 il réalise des gros plans d’éléments décoratifs (détails de fer forgés sur les façades, heurtoirs de portes, balustrades d’escaliers…). Il vend ses photographies à différentes institutions publiques comme le musée Carnavalet, la Bibliothèque historique de la ville de Paris, la Commission municipale du vieux Paris… Il photographie aussi les parcs et les monuments, les rues pittoresques de différents lieux de banlieue autour de Paris et de quelques villes françaises. ses photographies de la place des Vosges font partie d’un ensemble très abondant consacré au quartier du Marais.
© Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France
La place des Vosges se situe dans le quartier du Marais, qui doit son nom aux zones humides qui, au Moyen Âge, ont servi de pâturages et de terres maraîchères. Situé entre deux enceintes d’époque différentes, le secteur commence à être convoité à partir de la Renaissance : les promoteurs spéculent sur ces terrains proches du centre de Paris et du palais du Louvre. Après un temps d’arrêt dû notamment aux guerres de religion, les constructions dans le quartier reprennent de plus belle, à tel point qu’Henri IV décide d’y aménager deux places. Le Marais est lancé et son succès ne sera dès lors presque jamais démenti. Dès le 17e siècle, la place Royale et ses alentours sont très appréciés par l’aristocratie, la haute bourgeoisie et les artistes ; elle devient un haut lieu intellectuel, où l’on organise des réunions mondaines et littéraires très chics (on y « tient salon » ). Corneille dans La Place Royale (1633), Molière dans Les Précieuses ridicules (1659) ou encore Madame de Sévigné dans ses Lettres (1636-1696) puisent dans le quartier leur inspiration et y portent un regard tantôt tendre, tantôt plaisant, tantôt ironique.
Aux 19e et 20e siècles, le Marais, qui échappe aux projets urbains du baron Haussmann (c’est lui qui trace les grands boulevards de Paris), est un peu délaissé par la bourgeoisie. Le faubourg Saint-Antoine, tout proche, fait du quartier un des hauts lieux de l’artisanat. On rencontre dans ses ruelles vivantes et bruyantes une multitude de petits métiers. Mais la vétusté des bâtiments et l’insalubrité générale ont de lourdes conséquences sur la santé de ses habitants. Le Marais ne renonce pas pour autant avec la tradition littéraire qui l’anime depuis toujours : Honoré de Balzac ou encore Victor Hugo y habitent et y écrivent. Les photographies prises par le célèbre photographe Eugène Atget au tournant du 20e siècle restituent bien l’ambiance pittoresque et nostalgique du quartier à cette époque. À partir des années 1950, soutenu par une politique de rénovation urbaine, le vieux Marais populaire disparaît pour renouer avec une atmosphère élégante et raffinée.