Un bâtiment marqué par la culture kanake

Créée en 1989 à la suite des accords de Matignon, l’Agence de développement de la culture kanake (ADCK) est le maître d’ouvrage du centre culturel Jean-Marie Tjibaou et le principal interlocuteur de Renzo Piano. La mission de l’agence est de mettre en valeur et de promouvoir la culture kanake de Nouvelle-Calédonie, objectifs que l’on retrouve clairement dans les choix de l’architecte.

N’abattre aucun arbre

Le terrain de construction du centre culturel Tjibaou a été cédé par la municipalité de Nouméa. La ville est toute proche, séparée par une zone de mangrove relativement peu construite. L’environnement immédiat se compose de zones humides et de forêts sèches où domine le pin colonnaire. Lorsqu’il découvre le terrain, Renzo Piano s’engage immédiatement à intervenir le moins possible sur le paysage pour respecter l’environnement naturel de l’édifice. Aucun arbre ne sera abattu et l’architecture se fondra dans l’ensemble. Le centre culturel ne s’impose pas au visiteur ; ses tours graciles semblent émerger de la canopée. D’ailleurs, Renzo Piano utilise les éléments préexistants : la forme d’arc qu’il a donnée à l’allée longeant les cases existait déjà sur le site d’origine.

Vue extérieure
Vue extérieure |

Michel Dénancé

Pensé avec un ethnologue

Fait rare, l’architecte travaille avec un ethnologue spécialiste de la culture kanake, Alban Bensa. Avec lui et le concours des paysagistes Desvignes & Dalnoky, il élabore le chemin d’accès au site, pensé en référence respectueuse à la tradition kanake. Du parking, le centre culturel est invisible ; le visiteur passe à travers des bosquets, le long d’une large allée dont le sol rappelle la couleur des pierres volcaniques typiques de Nouvelle-Calédonie. Comme dans une démarche initiatique, le bâtiment ne se dévoile qu’au terme d’un long processus.

Accompagné de l’ethnologue, l’architecte retient quelques éléments distinctifs de l’architecture locale, comme l’organisation du village traditionnel le long d’un chemin central, le toit tout en hauteur des cases, sans jamais verser dans le "pittoresque".

Vue aérienne du Centre Culturel Jean-Marie Tjibaou
Vue aérienne du Centre Culturel Jean-Marie Tjibaou |

Fondazione Renzo Piano

Un conservatoire de l’habitat traditionnel

Une partie du terrain a été “sanctuarisée”, et les “non Kanaks” n’ont pas eu le droit d’y intervenir. Seuls l’ADCK et les Kanaks l’ont aménagée, sans l’aide de personnes extérieures. Juste à côté des “cases” de Renzo Piano, a été aménagée une aire coutumière “Mwakaa” (“espace de la chefferie”) autour de trois cases représentant, pour chacune d’entre elles, une province de la Nouvelle-Calédonie. Construites avec des matériaux locaux, selon des savoir-faire traditionnels, elles ancrent la culture dans le passé et pourraient faire figure de conservatoires de l’habitat vernaculaire. Sur la place sont organisées régulièrement des fêtes et des cérémonies. L’aire coutumière est gérée par les Kanaks qui y convient tous les invités étrangers, un peu à la manière d’une ambassade.